Le Rapport Moral du Président 

Assemblée Générale Ordinaire du 27 juin 2019

 

Les assemblées générales sont toujours – souvent – le temps des bilans. Les précédentes ont permis d’évaluer les avancées du PAG 2015-2020, dont les fiches actions ont été mises en œuvre. Nous allons être à présent dans la dynamique de construction d’un nouveau PAG pour la période 2021-2026, que nous vous présenterons l’année prochaine. Nous le construirons avec nos envies, en vous associant ainsi que les personnes accueillies, en tenant compte de nos atouts, nombreux, de nos contraintes, également légions, mais surtout avec nos convictions. L’APEI de Chambéry est un des outils des politiques publiques, mais un outil qui a sa personnalité, sa moralité même, son projet propre. En d’autres mots nous sommes un partenaire des pouvoirs publics, Conseil Départemental et ARS, et le fruit de notre dialogue n’en est que plus précieux. Ce qui fait toute notre singularité, à nous, associations du mouvement UNAPEI, c’est l’engagement des parents, amis, personnes handicapées, qui s’investissent au sein des établissements, ou dans les organes de gouvernance de l’association. C’est le thème de notre assemblée générale, l’engagement…

L’engagement est à chaque fois une histoire personnelle, et nous aurons tout au long de cette soirée, des témoignages d’acteurs engagés. Parler de son engagement, c’est forcément parler de soi-même, se livrer. Etre parent, frère, sœur, d’une personne handicapée, pousse à l’engagement. Ici même, en Savoie, plusieurs personnalités politiques de 1er plan, j’en connais au moins 3, que je ne citerai pas, ont un contexte familial marqué par le handicap. Est-ce cela qui les a poussées en politique ou qui y a contribué ? Je laisserai, si elles le souhaitent, les personnalités qui prendront la parole par la suite, donner leur point de vue, mais j’en suis convaincu.

Quant à moi, mon histoire est simple, et je pense partagée par la plupart des administrateurs. Ma fille, Karine, est née avec un handicap intellectuel important, et j’ai vécu ce que beaucoup de parents ici ont vécu : la difficulté d’accepter l’injustice du handicap, nos inquiétudes quant à sa santé, la volonté de protéger un enfant encore plus vulnérable que les autres enfants, le parcours du combattant pour qu’elle soit accompagnée selon ses besoins, mais aussi de grands moments de joie et de complicité avec elle, ses efforts et grandes réussites, ses accomplissements... Nous avons eu avec ma femme la chance que ma fille soit accueillie et accompagnée en institution, l’IME de Marlioz pour ne pas le citer, de notre consœur et amie l’APEI d’Aix-les-Bains, où les équipes éducatives et thérapeutiques l’ont aidée à grandir, à s’épanouir, à avoir une enfance heureuse. Je travaillais alors, et ma vie professionnelle, qui m’imposait de nombreux déplacements à l’étranger, ne me permettait pas de m’investir dans la vie associative. Retraité, j’ai adhéré à l’APEI de Chambéry, et entamé des démarches pour y tenir un rôle au CA, lors de l’entrée de Karine à la MAS du Noiray, en 2010. Mes motivations étaient simples : je voulais prendre part aux décisions de la gouvernance, qui allaient avoir des incidences sur le quotidien des personnes accueillies, dont Karine bien sûr, mais avec un souci

de servir pour tous. Je ne fus pas déçu, car arrivé en plein tumulte en 2011, j’ai participé très vite au Bureau de l’association avec mon ami Pierre Gonnet, alors Président, et Jean-François Girard, déjà Vice-Président, et nous avons contribué à un retour au calme sur l’institution, et à un climat de confiance entre administrateurs, parents, professionnels, et partenaires institutionnels. Les parents, dont les enfants étaient sur l’IME ou le SESSAD SAAGI en 2011, ou les professionnels eux-mêmes, ne me démentiront pas, sur la nécessité qu’il y avait alors de prendre part aux décisions de la gouvernance de l’époque. Ensuite tout s’enchaîna, et me voilà devenu un peu contre mon gré, Président de l’APEI de Chambéry depuis 6 ans, et peut être encore pour une 7ème année.

Lors de mon arrivée en 2011, j’ai aussi découvert le mouvement UNAPEI auquel l’APEI de Chambéry adhère. En payant votre cotisation, vous participez à ce mouvement national en faveur des personnes handicapées mentales, à un mouvement engagé, militant même. Il me semble utile de vous présenter les 3 axes stratégiques 2018-2022 de l’UNAPEI, et vous dire que l’APEI s’y retrouve, et que ces axes seront une matière intégrée à notre travail sur le futur PAG :

  • 1er axe, Accompagner chaque personne handicapée à être actrice de sa vie. Cet axe fait sens pour nous, qui sommes à la fois parents et administrateurs. Nous avons montré, lors de l’assemblée générale de l’année dernière, que notre association était engagée sur la thématique de l’autodétermination et du pouvoir d’agir, pour accompagner les personnes accueillies, les familles et les professionnels dans cette évolution. Nous entendons des voix, à l’ONU, au sein de l’Europe, chez certains de nos politiques français, qui présentent nos établissements comme des institutions carcérales, privatives des libertés et des droits des personnes. J’entends et je vois le contraire :
 
  • Ma fille a eu une belle enfance sur Marlioz, avec une institution qui a, sur certains plans, compensé son handicap, a permis son épanouissement.
  • Les ESAT sont une belle et grande réussite française, en particulier celui de Chambéry, qui accueille avec bienveillance les personnes en situation de handicap quelles que soient leurs difficultés, et qui est en même temps largement reconnu par les entreprises locales pour le sérieux et la qualité du travail qui est réalisé.
  • Les foyers permettent aux personnes en situation de handicap qui n’ont pas l’autonomie de vivre seules, d’avoir un domicile à elles, qui n’est pas celui de leurs parents.
  • Et nous développons des outils innovants permettant pour les personnes ne souhaitant pas ou ne pouvant pas intégrer un établissement, de devenir autonomes. Nous accompagnons le milieu ordinaire à s’adapter. Nous soutenons les aidants.
  • Et sur nos établissements accueillant les personnes les plus en difficultés, nous laissons aux personnes la possibilité de faire les choix qui sont à leur portée : à côté de qui elles mangent, leurs aversions alimentaires à écarter, qui elles invitent à leur anniversaire, leurs activités.

Tout ça, nous le faisons déjà beaucoup. Nous devons le faire davantage.

 
  • 2ème axe, Accélérer l’évolution de la société… Cet objectif peut prêter à confusion. Il ne s’agit pas ici d’aller encore plus vite et plus loin sur l’inclusion. Nous lui sommes favorables mais de manière nuancée et mesurée, quand elle a un sens :
 
  • Oui à l’inclusion positive qui nous fait co-construire avec nos partenaires les rampes d’accès au milieu ordinaire. A ce titre, l’APEI de Chambéry a, avec le CHS de Savoie, et l’Education Nationale, un rôle important à jouer sur une meilleure inclusion des jeunes avec TSA, en développant l’étayage des classes ordinaires. Un projet est en cours sur cette thématique avec nos partenaires.
  • Oui à l’inclusion positive qui nous fait innover en imaginant des ponts entre milieu ordinaire et nos structures. Le travail de l’ESAT pour s’ouvrir sur les entreprises savoyardes, via le DuoDay qui a été une belle réussite, ou des mises à disposition d’équipes ESAT en entreprises, sont des beaux exemples.
  • Non à l’inclusion négative qui pousserait nos enfants, avec leurs fragilités, dans une inclusion qui ne fait pas sens. Pourquoi faudrait-il un turn over de 30 % des travailleurs d’ESAT chaque année sur le milieu ordinaire ? Pourquoi faudrait-il fermer nos IME alors que les listes d’attente n’ont jamais été aussi importantes ?
  • Et non à cette inclusion qui nous inciterait à garder au domicile familial les personnes lourdement handicapées, au lieu d’ouvrir des places de FAM ou MAS.

Donc oui, accélérons l’évolution de la société pour mieux faire accepter le handicap, que nos enfants puissent aller voir des matchs de hand, à la bibliothèque, aux spectacles de Malraux, boire un café ou une bière (pour les majeurs et sans contre-indications médicales), comme les autres, parce que oui, ils sont différents... comme les autres !

 

  • 3ème axe, affirmer notre modèle associatif d’entrepreneurs militants. Lors de la préparation de cette assemblée générale, nous avons hésité entre le « militantisme » et celui d’« engagement ». Nous avons opté pour l’engagement, ce qui se comprend, notre échelle locale étant plus centrée sur la gestion des ESMS, que sur le lobbying politique, plus dévolu à notre union départementale, l’UDAPEI. Ce 3ème axe me semble néanmoins stratégique pour l’APEI de Chambéry. Après la période en 2011-2012 de pacification de l’APEI de Chambéry, nous avons connu une phase active de constructions / rénovations / ouvertures sur la période 2013-2018, et enfin une phase de transition en 2018-2019 au niveau de la dirigeance. Il nous faut travailler à présent sur la dynamique associative. Beaucoup d’administrateurs sont en fin de mandat, dont moi-même. Peu de candidats se présentent pour prendre la relève. Ce constat est trop souvent partagé par nos partenaires associatifs. Mais il n’y a pas de fatalité, et le CA à venir devra se mobiliser pour valoriser l’APEI de Chambéry, en interne mais aussi sur le territoire et auprès de nos partenaires, travailler sur la communication autour des valeurs qui nous portent et que nous portons, autour aussi de toutes nos réussites, sur les moments de joie partagée sur nos établissements et services, sur nos convictions aussi ! Ce travail autour de la communication a sûrement été sous-estimé, occupé que nous étions à travailler sur des projets que nous trouvions plus concrets. Aujourd’hui, nous devons penser à l’avenir de notre gouvernance, et utiliser les moyens à notre disposition, pour susciter l’envie de s’engager tous, parents, amis, partenaires.

 

Je veux enfin dire ma fierté des projets menés, ceux qui se traduisent par une meilleure vie pour les personnes en situation de handicap et leurs proches, par la création de structures qui sont autant de communautés de vies, de lieux de rencontres, ouverts et riches. Avant de laisser la parole au directeur général, Guillaume Pelletier, je vous propose de visionner un film de 8 minutes qui présente la plateforme autisme multiservices, PAM 73, service départemental porté par l’APEI de Chambéry, mais initié et piloté par un collectif d’associations savoyardes, et qui constitue une de nos belles réussites. Sur l’engagement, et sur notre vie, à nous parents d’enfants en situation de handicap, une citation d’Alain : « Il est bon d’avoir un peu de mal à vivre et de ne pas suivre une route toute unie ».

 

Cordialement.

Raymond Mieusset